
"Je ne souhaite qu'une chose : retourner là-bas"
" Je suis partie début juillet pour l'Argentine, un dimanche soir. Malgré ma peur de l'avion. Les treizes heures de voyage jusqu'à Buenos Aires se sont plutôt bien passées, mais comme je n'ai pas réussi à dormir et que le vol était de nuit, je n'ai pas senti passer la dernière heure de voyage qui me séparait de Cordoba.
Je suis arrivée le soir suivant, un lundi, j'étais épuisée mais heureuse d'être enfin arrivée. J'ai été très bien accueillie.
Le mercredi, je suis allée pour la première fois au lycée. La directrice m'a présentée devant tout le monde, dans la cour de l'école. Il faisait encore nuit, parce que c'était l'hiver. Et ils ont ensuite chanté l'hymne du drapeau argentin pendant que deux élèves hissaient la banière nationale. Puis nous sommes allés en classe, tout le monde m'attendait, et les élèves ont été, eux aussi, très acueuillants. Ils m'ont presque tous entourés pour me poser des questions. Il ne m'a vraiment pas été difficile de m'intégrer et de faire des amis.
Le surlendemain, les vacances d'hiver commençaient, et nous avons entrepris le voyage pour les chutes d'Iguazu. Le trajet a été long, mais il en valait la peine. Nous nous sommes d'abord arrêtés aux Missions, où nous avons pu découvrir les ruines des anciennes maisons jésuites. La terre rouge du paysage et le contraste entre les averses soudaines et le soleil offraient quelque chose de très différent de ce que j'avais pu connaître jusqu'à présent.
Nous sommes enfin arrivés dans la petite ville d'Iguazu, et nous avons commencé par visiter les chutes du côté du Brésil. Si la hauteur et la puissance de l'eau étaient déjà impressionnantes, cela n'avait rien à voir avec ce que nous nous appretions à découvrir côté Argentine.
Le soir-même, nous avons fêté mes dix-huit ans dans la cabaña que nous avions loué, non loin d'Iguazu. Un très joli moment.
Le lendemain, nous repartions pour visiter les chutes du côté argentin. Le trajet a duré une partie de la journée, un petit train nous enmenait jusqu'aux différents circuits. Nous avons déjeuné sur place, et l'après-midi, nous avons suivi chemin qui devait nous mener jusqu'à la garganta del diablo.
Il n'y a pas vraiment de mots pour décrire les sentiments que l'on peut éprouver face à cette formidable puissance naturelle. L'eau semblait vivante. Au bord du précipice, elle formait comme une vague blanche d'écume et se précipitait dans un gouffre effrayant et sans fond dont la gorge ouverte semblait recracher des nuages de brume. La nature semblait reprendre ici tous ses droits sur le monde, et lorsque je me penchais un peu, par dessus la balustrade, mes yeux se perdaient dans les remous que formait l'eau et j'avais l'impression que toute cette écume blanche allait m'emporter avec elle. J'aurais pu rester là des heures, à contempler la garganta del diablo.
Nous sommes finalement rentrés à Cordoba. Il nous restait trois semaines de vacances, j'en ai profité pour récupérer enfin de mes quatorzes heures d'avion et pour connaître un peu mieux la culture argentine.
Les argentins sont des gens très acueillants et très chaleureux.
Ils ont des horaires très différents: ils sont beaucoup plus noctambules que nous. Par exemple nous dînions le soir vers vingt-deux ou vingt-trois heures, et nous nous couchions vers minuit ou une heure du matin. Nous sortions souvent le soir, soit pour aller danser, soit au cinéma, ou encore pour prendre un verre dans un bar. A Cordoba, la ville est vivante la nuit, les rues sont pleines de lumières multicolores, très animées, et on ne croise que des jeunes de quinze à vingt-cinq ans entre minuit et sept heures du matin!
J'ai découvert également que là-bas, le gouter était un repas très important: toute la famille, éventuellement avec les amis, se réunit vers six ou sept heures du soir pour tomar la leche, et discuter.
De plus, comme il est de mise dans la culture latine, ils adorent faire la fête, et s'amuser: il y a chaque jour des amis qui passent et viennent sonner à la porte juste pour passer un moment avec nous, et n'importe quelle occasion est bonne pour organiser une réunion de famille ou se retrouver entre amis.
Après trois semaines de vacances, j'ai réellement commencé le lycée. Tous les matins nous commencions à 7h20, nous chantions une des chanson nationale puis nous nous retrouvions dans la chapelle de l'école pour un momento espiritual. Les cours commençaient peu après, et ils se finissaient entre midi et 14h15. Deux après midi par semaine, nous avions une heure de sport, et le reste du temps était libre, ce qui nous permettait heureusement de faire la sieste, parce que nous ne nous couchions souvent pas avant minuit pour nous réveiller à six heures et demi du matin!
Les argentins ont une manière assez différente d'aborder les choses en classe. D'abord, les élèves se spécialisent plus vite: ils choisissent leur orientation à 15 ans. Et les matières sont beaucoup plus variées: nous n'en avions pas moins d'une quinzaine. Espagnol, Anglais, Physique-Chimie, Mathématiques, mais aussi des matières telles que comment s'exprimer en public, du théâtre, ou encore, comme nous étions dans une section «sciences sociales», de la psychologie, de la sociologie, de l'antropologie, et une ou deux fois par semaines nous allions dans une école d'enfants handicapés mentaux et moteurs afin de leur proposer des acitvités ludiques ou scolaires. De plus la manière d'aborder des choses est très différentes de la nôtre: elle est beaucoup plus basée sur la communication. Les élèves et les professeurs entretiennent des relations très proches et très amicales, et les exercices qu'ils nous donnent à faire (et même certains examens) sont à effectuer en groupe, ce qui permet à chacun de donner son point de vue et d'exprimer ce qu'il pense. Nous pouvions ainsi enrichir considérablement nos réponses. C'est une expérience que j'ai beaucoup aimé.
Peu de temps avant mon départ, nous sommes partis à la sierra, près de Cordoba. C'est là-bas que je me suis achetée mon poncho rouge, dans une petite boutique locale. Puis nous sommes montés entre les collines de pierre. Une fois arrivés au sommet, nous avons pu avoir un apercu des petites montagnes alentour. Il y avait du vent, mais comme nous avions eu chaud pour y parvenir, nous ne nous en sommes pas plaints! Les rochers prenaient des formes étranges, et nous nous imaginions à réinventer des mondes, des hommes ou des animaux entre les pierres qui se découpaient sur le ciel. Nous avons pris beaucoup de photos.
La veille de mon départ, la famille a organisé une petite dête de despedida, pour que les autres membres de la famille puissent me dire au revoir.
Je garde un excellent souvenir de ce séjour, très riche en émotions fortes. Je me suis très bien enendue avec ma famille d'acceuil durant ces deux mois, et j'ai gardé de bons contacts avec plusieurs des amis que je me suis faits au lycée. Ce dont je suis certaine, c'est que j'y retournerai un jour."
Mathilde en Argentine/Issy les Moulineaux




Benjamin M. aux USA